Réponse à Bouchera Chelbi

Par: Annie-Ève Collin

Ce que vous écrivez dans votre billet est vrai, Madame : Legault ne vous a jamais rencontrée et moi non plus. Nous n'en avons pas besoin et l'effet que la loi aura sur votre petite personne importe peu. Vous êtes la énième pleurnicharde à se plaindre du projet de loi sur la laïcité en invoquant sa petite personne.


Vous avez certainement conscience que votre choix de porter le voile a un impact sur d'autres que vous. C'est d'autant plus vrai pour une femme qui dit avoir vécu le terrorisme en Algérie. Vous savez très bien ce que ce voile représente sur le plan politique, et vous savez très bien qu'il véhicule un rapport inégalitaire entre les sexes. Alors que vous choisissez d'ignorer l'impact que le voile a sur tant de femmes, aussi bien dans votre pays d'origine que partout où le voile est présent, vous voilà en train de vous attendre à ce que Legault se soucie de l'impact qu'une loi justifiée et désirée par une majorité de Québécois aura sur vous. N'êtes-vous pas un peu trop centrée sur vous-même?

Dans votre billet, vous mentionnez d'ailleurs que votre cercle d'amis s'est rétréci quand vous avez décidé de commencer à le porter, que cette décision a choqué tout votre entourage ; il n'est pas clair, à la lecture de votre texte, si vous viviez encore en Algérie ou si vous viviez déjà au Québec lorsque vous avez commencé à le porter, mais il semble suggérer que vous viviez toujours en Algérie. N'est-il pas éloquent que dans un pays musulman, il y ait des gens choqués par le voile? Car en effet, nous savons qu'il y en a, et même si vous disiez que vous avez commencé à le porter après être arrivée au Québec, ça n'y changerait rien. Face à cela, on peut douter que seule l'ignorance au sujet de l'islam et du voile, ainsi qu'une insidieuse xénophobie, peuvent motiver l'opposition au voile.

Vous demandez quel est le problème, si les enfants posent des questions à leur enseignante voilée sur son voile? Le problème, c'est que ce fait montre que le fait d'en porter un quand on enseigne a bel et bien un impact sur les enfants, ce que les opposants à la laïcité s'acharnent à nier. Non, nous ne voulons pas que les enfants soient ignorants et aveugles aux différences : au contraire, nous souhaitons qu'ils sachent ce que signifie ce voile, mais aussi qu'ils sachent qu'il n'est pas seulement "différent", qu'il est aussi sexiste, et que le sexisme n'est pas acceptable dans les institutions d'un État de droit.

De plus, pour préparer les enfants à être des citoyens d'un État laïc, ils doivent apprendre que la religion est une affaire privée, qui a sa place chez eux, dans les lieux de culte, dans la vie personnelle des gens, mais pas dans une institution comme l'école.

Vous battez des records de mauvaise foi avec ce passage : "Nous sommes des femmes qui passeront de l’indépendance économique à la précarité pure et dure, sans parler de la fragilité psychologique vécue depuis votre annonce, simplement parce que vous vous apprêtez à nous départir du droit le plus fondamental au travail." Il n'a jamais été question de priver quiconque du droit au travail.

Vous insistez pour dire que vous portez le voile de votre propre chef. Si tel est le cas, alors vous pouvez l'enlever pour travailler. Si vous choisissez de renoncer à travailler pour ne pas renoncer à votre voile, et ce, uniquement lorsque vous êtes au travail (parce qu'en effet, il n'a jamais été question d'empêcher de porter des signes religieux tout court, uniquement de l'interdire aux fonctionnaires en position d'autorité alors qu'ils sont en fonction), ce sera votre choix, pas le mien, ni celui de François Legault, ni celui de personne d'autre.

Les lois au Québec n'ont pas à être faites en fonction des musulmanes qui choisissent de porter le voile. Elles doivent être faites en fonction du bien commun.



SUIVEZ-NOUS SUR FACEBOOK